Super Randonnée - SR Haute Provence (2014)

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Après la RAA , cette magnifique randonnée de 1200 km, le plaisir de pédaler et de vivre d’autres aventures me passionnent toujours autant. Le but étant également de compléter mon tableau pour le « RANDONNEUR 10000 ». Mon choix s’orientera vers les Supers Randonnées de l’ACP créées par Sophie Matter. Ce sera donc la « SR de Haute Provence ». En Septembre, le soleil est susceptible de briller dans cette magnifique région. Enfin, vous lirez par la suite que ce n’est pas toujours le cas…..

 

En bons routards, nous partons donc le Lundi 15 septembre 2014 avec le vélo dans sa housse, sac à dos et valise pour la Gare de Lyon en direction d’Aix en Provence. Correspondance dans la foulée pour le bus de Brignoles puis brm 1200 sr haute provence 02nous devons attendre 3 heures un autre bus pour Carcès. Nous avons largement le temps de déjeuner. Le temps se gâte et un orage violent éclate. Mon moral en prend un coup. Pour demain ? Nous avons loué un mobil home au camping ainsi Pierrette pourra visiter les environs pendant mon périple et s’entrainer pour Paris-Versailles.brm 1200 sr haute provence 03

Dès notre arrivée, je prépare tout pour être prêt pour un départ à 8h00 afin de passer le Ventoux et surtout de le descendre avant la seconde nuit.

Réveil à 6h30 ce Mardi 16 septembre, mon premier réflexe est de lever le rideau pour regarder dehors : il fait beau.

7h45 : c’est le départ pour aller vers la sortie de la ville et y faire la photo de la pancarte de Carcès avec le vélo.

7h57 : la prise de vue est dans la boîte. Ce début de parcours n’est pas bien difficile et me permet de me mettre en jambe sur une trentaine de kilomètres. Une première vision du lac de Sainte Croix avant d’attaquer les Gorges du Verdon. Le Col d’Illoire s’effectue tranquillement. Il commence à faire chaud et la source de Vaumale (Alt. 1180m) tombe bien pour faire le plein des bidons et se rafraichir le visage. Heureux d’être là, de prendre le temps de faire des photos et de m’arrêter pour admirer: c’est bon signe. Le circuit emprunte la rive gauche du Verdon. La circulation n’est pas très importante en cette période de l’année mais il faut quand même rester vigilant surtout vis-à-vis des cars de touristes.

brm 1200 sr haute provence 04 Encore une bonne vingtaine de kilomètres de grimpette puis je bascule sur Trigance, Soleils, Pont de Soleils. Peu après, je quitte la rive Gauche pour admirer la rive droite et longer le cours du Verdon avant de remonter vers la route des Crêtes à une altitude de 1285 m. Descente sur La Palud sur Verdon pour remonter le col D’Ayen et retrouver le lac de Sainte-Croix (retenue artificielle, mise en eau en 1973 suite à la construction du barrage de Sainte-Croix sur le cours du Verdon).brm 1200 sr haute provence 06

La route se poursuit sur Moustiers-Ste-Marie célèbre pour sa faïence. Je laisse Le Verdon et ses magnifiques gorges d’une profondeur de 715 m. Il est 18h35 quand j’atteins le Col d’Espinouse (Alt.838m). J’ai quelques heures d’avance sur le programme. J’ai la patate…. Col de Fontbelle (Alt. 1304m), il est 22h04. J’attaque sérieusement la première nuit de mon périple solitaire. Pour être solitaire, je suis solitaire : pas une voiture sur ces petites routes de campagne. Je profite égoïstement de cette nature. Je retrouve la civilisation à Sisteron et son trafic routier intense. J’ai hâte de retrouver cette chère campagne 6 km plus loin. St Etienne les Orgues est le point de contrôle n°6. J’attaque le « Sommet de Lure » (Alt. 1747m) sur 18 km et le Col du Pas de la Graille. Le vent souffle calmement et fait bruisser les feuilles dans la douceur de la nuit noire. Cette douceur musicale ne tarde pas à me faire cligner des yeux. Comme d’hab, j’insiste un peu….. Je me dis que la raison doit l’emporter. Après une petite frayeur, je sors ma couverture de survie et m’enveloppe dedans pour une bonne heure de repos en pleine nature. Réveillé par le froid et en ouvrant un œil : le jour pointe. Il est temps de repartir. Ragaillardi par ce repos, je retrouve ma vitesse de croisière. J’enchaine Col de la Piguière, Col de Macuègne, Col de Fontaube au km 370 : il est 12h14. Le plus gros morceau reste à venir : le fameux Ventoux. Malaucène à 13h47. A ce moment là, j’fais mes p’tits calculs et j’pense pouvoir basculer en haut du Ventoux pour 18h00. Dans ce cas, il me restera 17h00 pour effectuer 190 km tout en prenant 2h00 pour dormir : c’est faisable. Ça y est -c’est parti - je suis brm 1200 sr haute provence 05dedans. La force tranquille, comme à mon habitude, car les bosses ce n’est pas mon fort. Les portions à 11% : dur dur. Il m’arrive de poser pied, de récupérer, de m’alimenter et surtout de boire. Soit dit en passant, sur la totalité du parcours on y trouve de nombreux points d’eau. Le vent souffle mais je suis protégé par les arbres. Je croise de nombreux cyclistes qui « font la descente ». Peu monte à cette heure ci. Le soleil a disparu. Je n’en suis pas moins en sueur. Le temps s’assombri quelque peu mais rien de grave pour le moment. Je ne pense qu’à basculer avant 18h00 et c’est possible. J’avance tranquillos prenant mon mal en patience….Le Ventoux 8 km….Le Ventoux 7 km…   Des gouttes viennent me rafraîchir le visage. J’implore le ciel de me laisser basculer… C’est devenu une obsession ! Le Ventoux 6 km….La pluie cette fois et en quelques secondes un orage s’abat sur moi : la douche. Ça pouvait attendre un peu…. Cent mètres plus loin une cabane « Information » de type cabane de jardin s’offre à moi. J’essaie de me protéger tant bien que mal sous les 50 cm de la toiture qui dépasse mais je prends quand même l’orage violent et les bourrasques de vent. La porte est fermée à clé. Je me demande comment je vais pouvoir me protéger et surtout combien de temps ça va durer. Le ciel est noir, bouché de chez bouché, les bourrasques, les trombes d’eau et l’orage qui blanchit le ciel de multiples éclairs : pas rassuré l’aventurier. J’ai envie de casser un carreau de la fenêtre pour pouvoir tourner la poignée et me réfugier dans cet abri de fortune. Pas besoin, la fenêtre s’ouvre. Elle n’est pas enclenchée. Je ne suis pas fier mais je ne cède pas à la panique. Je rentre ma sacoche. Au tour du vélo maintenant en souhaitant qu’il veuille bien se donner la peine d’entrer. Tenant la fenêtre d’une main et le vélo de l’autre, j’y parviens tant bien que mal. Maintenant, il faut que le bonhomme y entre dans cette cabane mais le bord de la fenêtre est à 1,30 m du sol. Les muscles se sont refroidis. J’essaie de faire vite. Premier essai : raté ! Je dois faire attention dans mes mouvements pour éviter crampes et claquages mais aussi de ne pas me râper le dos avec la fenêtre battante. Je n’avais pas prévu une séance de musculation sous la pluie à cet endroit. C’est bon. J’ai fait le saut. brm 1200 sr haute provence 07Ouf ! Je suis à l’abri. Il est 16h25. Pour la bascule, je l’ai dans le baba… Je réalise que j’ai de la chance quand même. Combien de temps dans ma cabane au fond du jardin d’altitude? 2h, 3h, 4h….. Dieu « ciel » le sait…. Je réalise que vais être coincé pendant un bon moment et que la bascule ce n’est pas pour tout de suite. Je me dis : « Bon ! Estime-toi heureux que ça te soit arrivé à ce moment là ! Mais... je suis bien venu sur cette rando pour la réaliser en moins de 51h : c’était bien ça mon but, non ? ». De toute façon, je n’ai pas trop le choix, c’est trop risqué pour une chute libre dans un ravin sans parachute. Je vais attendre un peu.... Je tente de prévenir mes proches à plusieurs reprises, en vain : pas de réseau sur la planète. Je ne fais pas le malin. Je pense surtout à eux. Ils vont sans nul doute s’inquiéter de ne pas avoir de mes nouvelles. Je suis transi de froid par l’humidité. Que faire en attendant? Dormir bien sûr ! Pas de temps à perdre ! On ne sait jamais si ça se calmait. Ce qui est pris est pris. J’étale une banderole qui me servira de matelas sur le sol poussiéreux. Je m’enroule dans ma couverture de survie par dessus ma belle tenue VCMB fraîchement lavée sans essorage.

brm 1200 sr haute provence 0822h00 : aucun moment de répit. La violence du vent m’inquiète un peu. Je crains que le toit ne s’envole. Pas ça tout de même ! Mais bordel quand est-ce que ça va s’arrêter ? La bascule ! Je suis réveillé à de nombreuses reprises par le froid. 2h, 3h, 4h, 6h et toujours pas d’amélioration…. J’attends…. 7h43’12‘’ la pluie s’arrête et le vent s’atténue quelque peu. Je tente la sortie. Elle se fait beaucoup plus facilement que l’entrée. Je grelote. Je prépare mon destrier. Je quitte mon mobil home de fortune à 8h15 après 16h de squatte. Je fais 1 km dans la montée et mets pied à terre. Mes muscles humides et froids me font mal et ce vent de face ne fait rien pour m’aider. J’alterne vélo et marche à côté de mes « pompes ». Le Ventoux c’est encore loin ? Les isards broutant en contre bas ont dû me prendre pour un barjot en me regardant pousser mon vélo. Le Ventoux 5 km…. Le Ventoux 4 km : encore des portions à 11%. Le brouillard s’en mêle. Le Ventoux 3 km... Mon périple prend des allures d’expédition. Je rêve de voyage à vélo malgré tout et ça me permet de progresser doucement. Le Ventoux 2 km : ça s’aplanit. Je pense basculer sous peu. Attends encore un peu ça va « viendre »… Le Ventoux 1 km : j’en vois pas le bout (évidemment rigolo y a du brouillard).

 

 

brm 1200 sr haute provence 09Ooooooh ! La pancarte du sommet à 10 m.

« N’oublie pas de faire la photo ! Elle se mérite celle là…. » Il est 9h28. Je n’ai toujours pas de réseau sur mon téléphone photographique.

brm 1200 sr haute provence 10Il n’est pas question de rester plus longtemps ici dans le vent, les nuages et le froid. Circulez y a rien à voir ! Je mets les voiles illico presto et « fait la descente » vertigineuse à 15 km/h : mains sur les freins et un pied non fixé dans la pédale. Jusqu’au bout, ce «Venteux» m’aura testé. Chalet Reynard : c’est la fin des hostilités. La route est trempée. Je dois faire gaffe dans les virages pour ne pas glisser. L’atmosphère se réchauffe : que ça fait du bien… Tout d’un coup mon téléphone sonne. Y aurait-il du réseau ? Ben oui ! Je peux rassurer mes proches. Je devrais être déjà rentré au bercail si cela s’était déroulé normalement. Pas de pot mon p’tit, il reste 180 bornes. Bon ! J’ai Pierrette au bout du sans fil. Pierrette : « Qu’est ce que tu fous ? Je suis inquiète. J’étais sur le chemin de la gendarmerie. Aux infos, ils parlaient de violents orages dans la région. Bon ! Suis rassurée... ça va mieux…. » Réponse : «tu prendras l’apéro sans moi car je ne pense pas être de retour pour midi mais seulement pour la soupe à l’oignon vers 22h00. Aller ! Bye ! » Le soleil réapparaît et me réchauffe le corps. Mon coup de pédale devient plus vigoureux. Les sensations reviennent. J’avale mon dernier Rénutryl (repas Liquide hypercalorique pour vieux cyclo). Je pédale toujours sans taper dans les réserves et je progresse régulièrement sans paniquer. Col Notre Dame des Abeilles : il est 12h25…. mais le 18 septembre 2014.

Aurais-je été quelque peu retardé?

Sault : je vois la direction du Mont Ventoux.

Non ! Terminé ! Ça suffit maintenant ! Je rentre !

Banon : avant dernier contrôle il est 14h50. Un automobiliste m’interpelle en me voyant faire la photo de la pancarte. C’est un Belge qui lui aussi a fait la même rando avec 4 copains en partant une journée avant moi. Je lui raconte vite fait ma péripétie au Ventoux. Il compatie en m’annonçant qu’ils avaient eu de la chance de terminer dans les délais (48h). Il en a remis une couche..... le Belge! Je repars avec une pointe de contrariété qui m’alourdit le pédalage et j’engueule le vent de me freiner. Ce ne sera que de courte durée et la frite reprend le dessus. « Ce n’est pas un belge, une fois, qui va me faire chier la vie.....» Allemagne en Provence au km 564 et dernier contrôle avant l’arrivée : il est 19h10. La photo puis, seul au monde, je roule sur la rampe régulière d’une belle petite route abritée. La nuit commence à tomber et je m’équipe en conséquence pour ma sécurité. Pas le moment de déconner ma bière est au frais : ce n’est pas le « vieux » Jean Marie (Classe 55 ...svp) qui me dira le contraire.... Je retrouve le plaisir de pédaler dans une nature exemptée de bruit de moteur. Dans le faisceau de ma lampe, aux abords d’un village, un renard traverse la route sans se presser. Le vent fait toujours frissonner les feuilles des arbres. Les lumières de Cotignac apparaissent. Encore 7 km avant l’entrée de Carcès, la fin du périple s’annonce. Fastoche le vélo ! Il est 22h00 : La photo ! La photo ! Je me presse ! Ma bière ! Pierrette m’attend et a préparé le repas de son Eros (du moins ce qu’il en reste après une telle épreuve....). Baignant dans mon jus depuis le départ, je tiens avant tout à changer de parfum : Givenchy correspondra très bien à la circonstance.....

J’apprécie ce moment réconfortant.....

Pas le tout, demain, il faut clore les valoches pour 9h00. J’en aurais deux de plus sous les yeux.

Double paquet !

C’est cadeau !

Pas facile la vie Fifi !

A bientôt pour de nouvelles aventures ....

Of course.......de vélo.

Jean Yves Glinche

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Distance : 611 km

Dénivelé : 10802 m

Nb de cols : 15

Nb. de contrôles : 15

Formule Randonneur : 51H maxi

Formule Touriste:  aucun délai

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